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    « Pas vraiment Nicolas, par contre, je trouve cette présentation effrayante. Tout d'abord les soldats salariés dont les initiales nous rappellent des temps obscurs. Quant à Raymond, comment peut-il être fier d'un passé aussi terrible qui devrait plutôt l’empêcher de dormir et qui même éveillé, devrait transformer ses rêves en cauchemars.»

    Cycle : Fables sociales des temps modernes

    Chapitre 3

     Salle de réunion, 6 heures 30 du matin.

    Le directeur explique à ses cadres que l'entreprise doit être managée de manière militaire.

    - Je vous ai exceptionnellement demandé de rester debout car aujourd'hui, vous allez recevoir une grande leçon de vie. A moins que vous choisissiez la mort.

    Je vous ai exceptionnellement demandé de pointer votre nez à cette heures que vous jugerez certainement matinale mais si vous êtes officiellement des cadres dans l'entreprise vous serez dorénavant et officieusement des hauts gradés dont le général sera évidement MOI.

    Repos et asseyez-vous !

    - Si je puis me permettre Nicolas, je n'ai jamais fait l'armée car exempté à cause de mes pieds plats!

    - Vous êtes content ! Toute l’assemblée ricane idiotement à ce dont, personnellement, je ne tirerais aucune fierté. Stéphane, n'avez-vous toujours pas conscience que nous sommes en guerre ? La plus violente guerre économique qui surpasse largement celle de 1929 ! Et qu'elles en furent les conséquences ? La montée du fascisme. Vous pouvez, si vous le souhaiter, déserter le champ de bataille. Pour votre lâche trahison vous serez évidement fusillé. Enfin, je dirais plutôt licencié.

    Je pense que le message est suffisamment clair pour que vous fassiez le choix de vous engager corps et âme pour l'entreprise. Combattons pour nos libertés, ou subissez le châtiment ultime. Châtiment humiliant par excellence.

     Oui Chantal !

    - Dans cette guerre économique qui sont nos ennemis ?

    - Très bonne question Chantal mais la réponse devrait pour vous tous être évidente : nos concurrents.

     fablre

    Chantal se prend au jeu de Nicolas mais malheureusement, se mélange les pinceaux. Confondre les soldats salariés avec les vilains nazis et tout cela à cause des initiales. L'entreprise ne perdra probablement pas la guerre. Néanmoins, qui osera imaginer que la victoire fut acquise grâce au courage des hauts gradés... déconnectés du monde réel.

     - Et nos collaborateurs, quel sera leur rôle ? Seraient-ils les vilains nazi collaborateurs de nos ennemis ?

    - Chantal, nous sommes dans une guerre économique pas dans un remake de la seconde guerre mondiale. Tout d'abord, les méchants c'est pas eux, c'est nous ! Ensuite, sincèrement qui pourrait penser qu'ils oseraient nous trahir. Ne les choyons-nous pas ? Ne sommes-nous pas attentifs à... à... au bien être de tous ces petits branleurs !

    - Nicolas, j'ai du mal à vous suivre. Pourquoi serions nous méchants puisque nous sommes en guerre, il est normal de combattre notre ennemi et de le vaincre !

    - Vous avez entièrement raison Bernard. Je me suis probablement trompé de terme. Nous ne sommes pas aussi odieux, nous sommes l’autorité. Nous lancerons très prochainement la contre-offensive et pour que cela fonctionne, nous paraitrons cruels et sans pitié envers nos collaborateurs qui doivent être prêts à mourir pour l'entreprise.

    Braves soldats salariés qui auront donné leur vie en vain. Qui auront sacrifié leurs libertés pour ceux qui leurs en privaient. Qui furent condamnés par des individus de pacotille qui ne se seront jamais intéressés à eux, hormis pour leur propre intéressement (l'argent toujours l'argent). Paix à votre âme.

    - Rassurez moi Nicolas, c'est juste une image ?

    - Pas du tout Chantal. On ne pourra épargner nos soldats salariés qui doivent donner le meilleur d'eux mêmes et si pour cela ils doivent mourir d'épuisement, de maladie ou d'une crise cardiaque, on leur décernera une médaille du travail posthume.

    - Mais nous risquons rapidement de manquer de soldats ?

    - Vous plaisantez Stéphane ! A moins que vous soyez idiot. Nous avons des milliers de salariés réservistes qui serviront comme pour les guerres précédentes, de chair à canon.

    - C'est tout de même horrible ! Heureusement que tout cela ne se passera pas tel que vous ne nous le décrivez!

    - Vous croyez vraiment Chantal ? Soyez prêts au pire. Ce que l'on a vécu jusqu’à présent, c’était de la rigolade. Engagez vous pleinement auprès de nous, pour la survie de l'entreprise. Vous serez grassement récompensée.

    J'en profite pour vous présenter un petit nouveau. Voici Raymond, ex-cadre de l'entreprise A*** dont les états de service sont plus que convaincants, surtout dans la situation actuelle. Je suis persuadé que vous l’aiderez à s’intégrer parmi nous et lui, en échange, vous donnera quelques précieux conseils pour diriger efficacement vos équipes dans ce climat beaucoup moins serein et beaucoup plus prompt à la rébellion.

    Souhaitez-vous Raymond, afin de mieux vous connaitre, nous apporter quelques précisions sur votre parcours professionnel ?

    - Bonjour à tous ! Un parcours riche et varié. J'aurai largement le temps d'en discuter avec vous. Si je puis me permettre, notre rôle en tant que capitaine et chef d’équipe n'est pas d’être apprécier mais d’être craint par nos collaborateurs. Pour cela, nous devons toujours donner l'impression d'agir dans la légalité même si, nous frôlons et dépassons souvent la ligne rouge. J'ai eu la chance, grâce à mon arrière arrière grand père, qui fut parmi les premiers colons britanniques à diriger des champs de coton, d'avoir reçu la meilleure éducation "managemental" transmise de génération en génération.

    - Oui Bernard ! je pensais que vous étiez absent tant vous brilliez par votre silence. Vous souhaitez poser une question à Raymond?

    - Pas vraiment Nicolas, par contre, je trouve cette présentation effrayante. Tout d'abord les soldats salariés dont les initiales nous rappellent des temps obscurs. Quant à Raymond, comment peut-il être fier d'un passé aussi terrible qui devrait plutôt l’empêcher de dormir et qui même éveillé, devrait transformer ses rêves en cauchemars.

    - Tout d'abord Bernard, les initiales dont vous faites état de cause ne sont qu'une pure coïncidence. Quant à l'histoire familiale propre à Raymond, comment pouvez-vous lui reprocher de se servir du patrimoine génétique qui coule dans ses veines. Personnellement, je me réjouis de son arrivée en notre sein. Le monde de l'entreprise change. Le monde dans son ensemble change. Des nouvelles règles sont mises en place par nos gouvernants qu’ils appartiennent au monde politique, économique ou financier. Si cela ne nous vous plait pas, vous pouvez vous construire une fusée et partir, avec d'autres utopistes de votre espèce, coloniser Mars, Venus ou la Lune. Mais de grâce, tant que vous serez sur Terre, comportez-vous comme un être humains. Heu, inhumains...Non  c'est bien humain que je voulais dire.

    Merci à tous ! Sur ces mots, la réunion est close. Tous à votre poste de combat...Rompez !!!

     

    Antoine le 24 Mai 2015

     

    Précédemment dans le Cycle fables sociales des temps modernes : Si l'augmentation m'était comptée

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