• Intouchable : celui qui ne touchera jamais le fruit de son labeur

     
     
    « Que cela se fasse au détriment de la vie de famille de nos collaborateurs ou de leur santé, et même de leur maigre salaire, tout cela n'est pas de votre ressort ni de vos préoccupations ». Nicolas, directeur du magasin *****.
    Cycle : Fables sociales des temps modernes

    Chapitre 1

    Salle de réunion, 10 heures 30 du matin

    - Bonjour. Comme chaque lundi, je commencerai par vous commenter les chiffres de la semaine écoulée qui sont, une fois n'est pas coutume, extrêmement bons. Ensuite, nous ferons le point sur les objectifs de cette nouvelle semaine. Tout d'abord, contrairement à ce que certains d'entre vous pensent de ma méthode de travail, je tiens à vous préciser que je ne suis pas un directeur exubérant. Je suis désolé Chantal si la semaine dernière, contre notre gré, nous avons constaté que vous ne portiez pas de soutien gorge. Je reste malgré tout convaincu que le fait de réaliser notre réunion torse nu aura contribué à enrichir nos échanges, d’ailleurs forts fructueux. Nous sommes bien plus que de simples collaborateurs, qu'une équipe, qu'une famille ou des amis... Nous tous, nous ne formons qu'un. Pour que chaque membre fonctionne individuellement et de manière coordonné, nous devons mieux nous connaitre. Aujourd'hui, ma soit disant exubérance sera d'enlever nos chaussures. Au delà de la simple sensation de bien être, nous aérerons par l'intermédiaire de la face inférieure du pied, notre cerveau. Car dés lors qu'une activité cérébrale est intense, la concentration en oxygène est faible. BERNARD, si ce que je dis ne vous intéresse pas ne vous gênez pas pour me le dire. A moins que vous souhaitiez prendre ma place pour diriger la réunion !

    - Non monsieur le directeur, c'est que...

    - Vous êtes ici depuis peu certes, mais il va falloir vous habituer à m'appeler par mon prénom... à mois que vous l'ayez oublié !

    - C’est que... c'est que... j'ai un trou à la chaussette. Vous comprendrez que cela m’embarrasse.

    - Voyons Bernard, pour si peu ? et puis, vous voyez, ça fait même rire Chantal qui pour le coup oublie la gêne de la semaine dernière. Ceci étant dit, on passe à l'action. Enlever vos chaussures. Jean-claude, vous avez avec Paul quelque soucis de management si je ne m'abuse ?

    - Ces deniers temps, il arrive souvent en retard. Bien entendu, je lui ai fait remarqué et il m'a promis de faire des efforts pour être à l'heure.

    - Je ne vois pas la chose sous le même angle. Ce ne sont pas des efforts qu'il se doit de faire mais vous devez exiger qu'il soit tout les matins fidèle au poste à l'heure dite voir même, dix minutes plus tôt. On ne transige pas à les horaires.

    - C'est qu'il est gravement malade et les médecins ont...

    - Et alors ? on s'en fout royalement ! Que devant le reste des équipes vous fassiez semblant d’être compatissant et de leur montrer ainsi notre humanité, cela fait parti de votre job mais je veux que le magasin tourne. Soit il se m'est en maladie, soit on le vire. Le règlement de  l'entreprise est le même pour tous. Malade et bien portant. Le jour de sa mort, vous pourrez vous rendre à son enterrement et pleurer à chaudes larmes. Cela nous fera une excellente publicité auprès de sa famille et ses amis... qui sont des clients potentiels.

    - C'est pas facile ce que vous me demandez là. J'ai regardé ses états de service, depuis vingt ans, il n'a fait que du bon boulot. Il a toujours montré l'exemple à suivre.

    - Nous, ce qui nous intéresse, c'est le présent, le futur. Le passé, on le range dans les archives de la boite. J’espère que très rapidement tout rentrera dans l'ordre. Et quand je dis très rapidement cela veut dire immédiatement. C'est noté ?

    - Oui, Nicolas. J'ai compris !

    - Ne prenez pas cet air de chien battu, vous verrez, on s'y habitue. A moins que vous ne soyez pas fait pour manager une équipe. Dans ce cas, on change de boulot. Pour détendre l’atmosphère, voici ce que j'ai entendu en passant devant l'un de nos rayons. "- Bonjour madame, que puis-je faire pour vous procurez du plaisir, je suis tout à vous ! " Je pense que notre ami Louis profite de certains arguments de fidélisation pour faire du charme à nos clientes. Si cela prête à sourire, je souhaiterais éviter mon très cher Stéphane, des plaintes pour harcèlement. Il va falloir lui expliquer que le plaisir que nous procurons aux clients ce fait par l'acte de vente et uniquement par ce bais là. Tout autre chose, le client mystère ne s'appelle pas Martin. Qui a pu mettre cette idée saugrenue dans la tête de certains ?

    - C'est parti d'une blague de Louise ! Elle faisait référence à la bande dessinée Martin Mystère.

    - Mettez un terme à tout ceci car des lors qu'un client s'appelle Martin, on lui déroule le tapis rouge et pendant ce temps, on néglige les autres. C'est pas bon pour le chiffre. C'est pas bon pour notre image. Un autre point que je souhaiterais soulever avec vous Chantal. J'ai surpris un de nos collaborateur commettre deux graves erreurs. La première, en disant à l'un de nos fidèles clients que tout nouveau produit n'est pas systématiquement meilleur que l’ancien modèle. La seconde, en ne lui proposant pas un crédit pour remédier à ses soucis financiers.

    - C'est à dire qu'il n'a pas complétement tort, le modèle précédent était bien meilleur et...

    - Et vous ne le trouvez plus chez les fournisseurs. Nous vendons du rêve mais si le client veut acheter de la merde, on le lui vend.

    - Vous avez raison Nicolas, je le lui dirais. Quant au crédit, lui forcer la main aurait pu avoir de fâcheuses conséquences. D'autant plus qu'il est vraiment sur la paille actuellement.

     

    Intouchable : celui qu ne touchera jamais le fruit de son labeur

     

    - Vous travaillez pour les bonnes œuvres ? Vous pensez vraiment que nos concurrents se soucient de la santé financière de leurs clients ? Toute personne qui veut un produit finit par l'acheter. Tout collaborateur qui travaille au sein de notre groupe reçoit des formations pour vendre des services, des crédits et que sais-je encore. Donc, vous êtes suffisamment armés pour contrer toutes les réticences des clients. Vous savez, nous sommes dans un contexte plus que favorable. Grâce à la crise, nous avons pu faire d’énormes économies sur la masse salariale. Nous avons aussi pu supprimer certains avantages sociaux acquis au cours de combats précédents. Pourtant, la partie n'était pas gagnée d'avance. Le contexte est d'autant plus meilleur que nous avons comme allié et contre toute attente, un gouvernement de gauche qui fait le jeu à deux cent pour cent des entreprises. Et si l’opposition venait à prendre le pouvoir, elle est déjà acquise à notre cause. En clair, les bénéfices à venir ne seront jamais aussi importants et vos primes comme vous avez pu le constater, sont en très fortes augmentations. Que cela se fasse au détriment de la vie de famille de nos collaborateurs ou de leur santé, et même de leur maigre salaire, tout cela n'est pas de votre ressort ni de vos préoccupations. La seule préoccupation doit être la hausse du résultat net. Je tiens à vous faire remarquer que notre Président-Directeur général n'aura touché cette année, qu'une prime de trois millions d'euros alors que son ami qui préside une entreprise dans le même secteur d'activité que le notre, aura perçu une prime de quasiment... quatre millions d'euros. Donc, nous avons comme objectif cette année encore, de faire des économies et si cela doit engendrer des sacrifices supplémentaires...

    Antoine (29 Mars 2015)
    « L'idée du jour : publier un journal financier...Fable sociale : si l'augmentation m'était comptée »
    Google Bookmarks

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :