• Le destin tragique du Père Noël (Première partie) - JanSheng

     

    Visiteur d'un jour ou de toujours, rien ne vous oblige à lire mes délires - les textes sont parfois un petit peu long, à la limite de l'absurde. Maintenant, si toi (je peux te tutoyer ?), de ton plein gré tu te décides à franchir la porte, la frontière virtuelle qui nous sépare et ainsi pénétrer dans mon monde... je te souhaite la bienvenue dans mon journal, presque intime....

    JS

    On est tous, un jour, le héros d'une merveilleuse aventure qui peut nous conduire lentement, profondément, sur les chemins de l'extase. Un plaisir presque interdit qui fait de nous, en ce jour si particulier, un être extraordinaire...

    Oui, on naît un jour, dans les mémoires collectives, sous la main habile d'un dessinateur, d'un scénariste de génie, d'un écrivain bien au dessus la moyenne.

    Moi, je n'ai pas eu cette chance. Celui qui m'a donné vie, m'a aussitôt fait passer à trépas. Au delà du manque de talent, c'est son choix plus qu'improbable qui aura fait de moi, un personnage insignifiant. Pourtant, je méritais mieux, mais ça, vous n'êtes pas obligé de me croire. Tout comme l'histoire qui suit...

     

    "A mi-chemin entre Marseille et la frontière italienne, on rencontre, sur l'aimable rivage méditerranéen, un vaste hôtel de luxe aux murs teintés de rose. Des palmiers bien stylés éventent la façade..."    Sur ces derniers mots, je refermais le livre "Tendre est la nuit" du célèbre romancier américain Scott Fitzgerald. Mais la vie ne fut point tendre à mon égard. Pourtant, tout commença si bien...

    Lorsque le vieux monsieur m'adressa la parole, mon sang ne fit qu'un tour et mon cœur battit la chamade. De suite, je reconnus... le Père Noël.

    Je faisais face au héros de mon enfance, celui qui, chaque 24 décembre, était bien plus fort que Spiderman et Superman. Le bien nommé Père Noëlman, à coup de générosité, battait à plat de couture tous les super-héros costumés, aux muscles surdimensionnés.

    Ce qui ne me trompa guère, ce fut ses vêtements. Qui d'autre que le Père Noël pouvait se promener en plein mois de juillet caniculaire, ainsi fagoté.

    Il posa tout d'abord ses yeux sur mon livre avec une certaine gêne. Celle que l'on ressent lorsque l'envie de déranger le lecteur est bien plus forte que le besoin de le laisser tranquille. Mais il savait probablement que je ne pouvais rien lui refuser... ce qui après coup, fut un tort.

    Il y a des tiroirs que l'on ne doit en aucun cas ouvrir. Les psychiatres suffisamment avisés ne commettent jamais cette erreur. Il a des histoires que l'on doit jamais commencer. Tout être humain suffisamment équilibré devrait en tenir compte.

    Le décor est planté, l'histoire va sentir le sapin et moi, j'ai les boules comme c'est pas permis car de tout ça, je n'en sortirais pas indemne.

    J'interpellais le barman (super-héros de mon bar préféré) pour qu'il nous serve à boire. Nous prîmes deux whiskies, alcool que je détestais depuis une cuite monumentale, mais je ne souhaitais en aucun cas décevoir mon invité. D'autant plus qu'il insista pour payer sa tournée.

    Je ne pus m'empêcher de lui poser la question, assez stupide j'en conviens, à savoir que faisait-il ici. N'aurait-il pas dû se trouver à l'un des pôles avec une myriade de lutins et créatures extraordinaires à fabriquer des jouets pour les enfants ?

    "- Mais voyons, me dit-il, les jouets c'est ailleurs qu'on les fabrique. Des petits doigts de fée travaillent pour des enfants qui ont parfois leur âge. Et puis, le bois n'est plus une matière noble. Aujourd'hui, faut être électronique."

    Nous étions tous les deux d'une autre génération. Les valeurs n'étaient plus les mêmes, tant soit peu qu'elles existaient encore.

    Il me montra sa besace bourrée de pognon qu'il se devait de distribuer avant le grand jour. Celui, où il ferait exploser la ville.

    Devant ma stupéfaction, il m'expliqua cette énorme contradiction. Tout commença le jour où il surpris sa femme...

    "- Je rentrais plus tôt que d'habitude quand je les surpris en train de faire leurs cochonneries.

    - Elle était dans votre lit avec un homme ?

    - Qui vous dit qu'il y avait un homme ?

    - Dans le cas le cas contraire, deux femmes en tenue d'Eve, faisant des choses que la morale réprouve auraient dû, après l'effet surprise, vous mettre dans un autre état. Je dirais, une certaine excitation...

    - Non non, c'était bien un homme... enfin deux.

    - Je comprends un peu mieux votre désarroi, mais de là à faire exploser la ville !

    - Au moins je serais sûr de ne pas rater ces deux salopards qui...

    - Je ne verrais pas la chose ainsi. A votre place, je me ferais plutôt sauter la cervelle ! "

    Durant sa vie, on dit parfois des conneries mais là, j'atteignais le summum de la stupidité. Alors, je me consolais en me disant que le jeu en valait la chandelle. Je sauvais des centaines de personnes contre la perte d'une seule... me fut-elle chère. Et puis après tout, peut-être qu'il n'avait même pas capté. Oh oh...  il me relançait sur le sujet.

    "- Je n'aurais jamais le courage. Vous avez une solution ?

    - Braquer une banque avec un flingue en plastique.

    - Mais... ils vont simplement m'arrêter ! Je dois en finir une bonne fois pour toute, c'est eux ou c'est moi !

    - Encore une fois, si j'étais à votre place, je me mettrais à courir en criant "GERONIMO" et pour que l'effet soit grandiose, je lancerais quelques pétards - sans que personne le voit bien entendu. Ainsi, un policier apeuré ne manquerait pas de vous prendre pour cible.

    - Et pourquoi Geronimo ?

    - Ça donne un sens politique à votre acte. On se posera des questions sur l'interprétation possible de votre coup de folie.

    - J'aime bien votre idée mais avant, je vais gâter les miséreux.

    - Vous dormez où, chez vous ?

    - Non, ma femme m'a jeté dehors. L'appartement était à son nom. Le cadeau de mariage par excellence. Depuis, je passe mes nuits dans un endroit secret et mystérieux."

    La folie l'avait bien frappé en pleine tronche. Je vis le ticket qui dépassait de son portefeuille et je compris de suite, pour l'avoir malheureusement fréquenté, qu'il créchait dans le mouroir des sans abris et ce, malgré tout le pognon qu'il avait en sa possession.

    "- Pour vous remercier de votre gentillesse, chaque soir qui précéderont mes dernières heures à vivre, je vous ferai don, d'une de mes statuettes de collection. Elle représente les mois d'une année, la sagesse infinie, la plénitude et le bonheur. Ce qui me fait tant défaut aujourd'hui..."

    Et c'est ainsi que je reçu mon premier cadeau. Il en restait onze autres avant qu'il ne change d'avis. Après tout, la vie ne s'arrêtait pas pour autant même si... beurk, j'évitais de repenser aux images qui le hantaient, et qui maintenant pénétraient mon esprit...

    En passant sur le pont qui menait à mon minable deux pièces, je jetais le plus loin possible, dans les eaux tumultueuses, l'horrible statuette aux formes incompréhensibles, aux rondeurs déformées, à la couleur caca d'oie.

    Les jours passèrent. Les autres statuettes finirent par rejoindre leurs sœurs d'infortunes, et le Père Noël n'avait plus un rond. Le pire pouvait arriver à tout moment...

    Cette nuit là, je fis mes plus horribles cauchemars...

    A suivre...

    Antoine

     

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