• Les deux mondes: la main des dieux (quatrième acte)

     
    Les nouveaux vagabonds


    On les voyait réuni autour du feu qui se consumait. Ils étaient jeunes, ils étaient vieux, accompagnés de femmes et d'enfants. Les cendres ardentes brûlaient en eux. Ils vivaient dans la rue, se nourrissaient de déchets alimentaires.
    Ils inspiraient tantôt la pitié, tantôt le mépris, laissant transpirer le dégoût qui émanait d'une vie perdue à jamais.
    Ils ne rêvaient d'aucune guerre, d'aucune  révolution, tout juste de considération. On ne leurs offrait que la soumission, déchaînant ainsi les passions. Les enfants en haillons attendaient qu'on les délivre, désireux d'apprendre, de dévorer des livres. Savoir parler, pouvoir écrire, et raconter leurs contes défaits; dépeindre ces jeunes filles vendant leur corps, crevant dans le silence.

               

    Peuple de, transfusé à la désespérance

    Peuple de, où sont tes espérances

    Peuple de, qui sombre dans la démence

    Peuple de, sonne les dissidences


    Une nuit, ils furent invités aux funérailles du mensonge et de la culpabilité. Très peu suivirent le corbillard, ils n'osaient  franchir le pas, briser les chaînes. Durant toutes ces années, on les avait conditionnés, ils se devaient de tout accepter.
    Une vieille dame qui se donnait toutes les peines du monde, suivit le cortège. Le corps plié, la tête haute, elle avançait péniblement traînant sa carcasse, son corps décharné. Elle voulait encore vivre, croire en l'avenir, ne jamais oublier son passé.
    Elle trébucha, puis se releva, elle avait connu les guerres, vu tomber ses frères, et en mémoire de ceux qu'elle avait aimé, elle se devait trouver la force. Elle combattrait une nouvelle fois la misère...


    Peuple de, à genou tu avances

    Peuple de, tu fuis dans l'ignorance

    Peuple de, proche de l'accoutumance

    Peuple de, tu en oublies tes souffrances



    Le peuple se lève de plus en plus nombreux...
    Enlisé dans des images surdimensionnées, "Ils" contrôlent l'émotion.
    Les scènes de chaos sont remplacées par des pantins animés.
    Vous êtes en direct sur JT Libre, branchez vos récepteurs, et bravez l'interdiction de s'informer.
    Refusez les règles concoctées dans les laboratoires de la communication....

                                         

    Au fur et a mesure le cortège grossissait, les villageois retrouvaient le sourire. Des rires, des chants ponctuaient la marche, certains se donnaient la main en signe d'une amitié retrouvée. Parmi les plus jeunes, l'espoir donnait lieu à des scènes d'allégresse, et certaines rencontres devenaient des amours naissants. La vie reprenait le dessus sur la morosité ambiante.

    Les dieux regardaient cela d'un mauvais oeil, il était trop tôt, le peuple devait encore souffrir, et eux seuls décideraient le moment opportun de la réconciliation. Un peuple croulant sous les dettes, la misère, et qui viendrait manger dans leurs mains, serait un peuple asservi pour des siècles de...générations.

    On se racontait que les dieux avaient un bien étrange comportement et pour percer leur mystère nous avons une nouvelle fois besoin de la boule magique...

    Lors d'une assemblée, le représentant du peuple qui secrètement n'était autre qu'un ami des coquins, réclama de l'argent pour aider les familles en détresse, mais devant l'agacement de la majorité des dieux présents il quitta la salle. Pourtant, lors de la même réunion, des sommes colossales furent demandées par des Royaumes, des Employeurs, des Administrateurs, et comme par miracle, le coffre qui se trouvait au milieu de la salle se remplit de pièces d'or...
    Mais en réalité aucune magie ne  permettait cette incroyable état de fait, les caisses contenaient bel et bien des pièces dans un double fond qu'il suffisait d'actionner pas un simple filin transparent
    Le peuple eu vent de la supercherie et la tension était à son paroxysme, un vent de révolte soufflait. Tous les dieux mentaient, tout n'était que des mises en scène théâtrale. Les dieux n'étaient autres que des imposteurs...
    Alors, ils se battraient pour des lendemains meilleurs, ils ne voulaient que du travail, de l'espoir, et de l'amour. Peu leur importait le prix  a payer, ils se devaient de retrouver leur dignité perdue. Malgré que cela représentait un délit, les villageois se retrouvaient chaque soir sur la place principale...
    Pendant ce temps, les âmes noires gravirent les monts et les collines.
    Tel le réveil du volcan en sommeil, elles attendraient les ordres, et la suite coula de source...une source rougit par le sang.
    Un homme tout de noir vêtu, regardait les préparatifs, un sourire démoniaque se dessinait sur ses lèvres... 
    Les premiers coups de feu déchirèrent la nuit, de tous les coins de rue jaillissaient des ombres martelant le sol de leurs semelles usées.
    La panique s'emparait de ces esprits fragiles, chacun essayant de sauver sa peau. Le mouvement de foule fut d'une rare violence.
    Elle était toujours là, le  regard perçant, elle devina que son destin basculerait dans l'errance d'une nuit noire et froide.
    Rien ne les arrêtait, ils chargeaient, cognaient sans discernement...
    Son corps baignant dans une mare de sang embrassait la terre qui bientôt l'avalerait...

    Personne n'envisageait la défaite, pourtant l'espoir les abandonnait. Accrochés à des rêves étoilés, ils ne devenaient plus que songes...
    Des poches de résistances se formèrent ici et là, mais elles furent très vite repoussées, puis matées...

    On raconte encore de nos jours, l'histoire de cette dame, morte pour rien, symbole d'une société qui ne respecte même plus ses anciens.
    Le paradoxe fut qu'ils puissent faire la "guerre" pour des jours meilleurs, alors que ceux qui les combattaient, étaient sensés représenter la paix...


     Peuple de, tu es réduit au silence

    Peuple de, tu crèves dans l'indifférence

    Peuple de, a genoux pour ta pitance

    Peuple de, implore ta repentance


    Antoine le 22 novembre 2009

     

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