• Ceci n'est pas l'arme du crime...

     

    - Monsieur le commissaire, je viens de tuer... je viens de tuer... mon mari ! dit Lorena au policier stagiaire qui traversait le hall de l'entrée.

    Cycle : les brèves histoires de l’inconscience

    Si certaines histoires commencent par un coup de théâtre, celle-ci, malgré l’excellente interprétation de ses "comédiens" (moi compris), sera conforme à la vie sans relief des protagonistes. Bien entendu, les apparences sont souvent trompeuses.

    Je me présente, Bertrand S., banquier modèle d’après mes supérieurs, parfait mari selon ma femme qui en réalité... me déteste.

    Les histoires d'amour, même les plus sincères, finissent par lasser. Les sentiments meurent par noyade dans un bon vin qui tourne au vinaigre. L’être que l'on adorait s’enlaidit, se transforme en une chose qui vous inspire le dégout. Si au moins, si au moins nous savions chercher, trouver les ingrédients qui enflamment de nouveau le corps et l'esprit. Si seulement...

    Pour notre romance scellée par un mariage d’intérêt, pas de happy end mais un gouffre, une fosse où nos corps seront ensevelis à tout jamais. Disparaitre pour ne plus revenir. Ne plus laisser la moindre trace. Mais... mais tel n'était pas mon destin.

    Un dimanche matin, alors que Lorena terminait seule son petit-déjeuner, je la rejoignis dans la cuisine, me fis une tasse de chicorée et lui raconta mon rêve. Un bien étrange rêve. Qui peut prétendre se souvenir dans son intégralité des songes de la nuit passée. Et bien ce matin là, aucun détail ne m’échappa. La dispute pour des raisons futiles, l'excès de colère, et pour finir, l'assassinat de Lorena... qui à l'instant même, me regardait étrangement. Bien qu'elle souriait, mon récit ne lui convenait guère. Quelques jours passeront avant que mon rêve prémonitoire ne se réalise, avant que la tempête se déchaine. Nous nous retrouverons à cette occasion... je vous en fait le serment.

     

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    Comme promis, après avoir savouré ces dernières journées d'un bonheur tout relatif, je vous invite à la représentation finale. Votre présence me fait évidement plaisir mais malheureusement, nos retrouvailles seront de courte durée. Dans quelques secondes, Lorena passera à l’acte. Dans quelques secondes seulement, je vais mourir. Mon dernier souffle éteindra la flamme d'une bougie qui brulait nos âmes, consumait la chair et... nous incitait à prendre les armes.

     

     Ceci n'est pas l'arme du crime...

    Lorena, c'est moi. Je suis secrétaire assistante vétérinaire dans une petite ville de province. J'ai rencontré Bertrand le jour où mon amie me fit faux bond. Je l'attendais, assise au comptoir, exaspérée par son retard. A coté de moi, un homme me fixait avec insistance. Il engagea subitement la conversion. Bien que réticente, je me surpris à palabrer avec cet inconnu qui débordait d'ambition, rêvait de voyage, de belles soirées d’été et de bals grandioses en hiver. En plus, il gagnait bien sa vie. Bertrand n’était pas à proprement parlé un bel homme mais en bon gestionnaire, je sautais sur l'occasion et l'embrassais, tout comme j’embrassais sa vie dans un baiser langoureux à ne plus en finir, à vous couper le souffle. Ce jour là, j'aurai mieux fait de m’étouffer. Quoique... le mieux fut que se soit lui. Avec les années, on finit par mieux connaitre les personnes qui partagent votre vie et j'étais bien loin d'imaginer que cet homme cachait une certaine forme de paranoïa. Il s'imaginait que le gouvernement lui volerait une partie de sa fortune. " - C'est la crise ! Après avoir claqué tout l'argent des petites gens, ils nous taxeront jusqu'au dernier cents" s'évertuait-il à me faire entendre. Alors, il cachait toute sa fortune dans différents coffres dissimulaient dans des pays amis... des gens riches. Bien pire, il se croyait épié par des agents travaillant pour une organisation secrète à la solde du gouvernement. Au bord de la crise de nerf, ma seule issue possible fut de le faire disparaitre à tout jamais, lui et ses thèses complotistes. Enfin, cette idée qui me paraissait saugrenue, plaisait à Lucas, le meilleur ami de Bertrand. Beau gosse, tout aussi ambitieux que le Bertrand d'autrefois, il me promettait des jours meilleurs. Je voulais le croire. En finalité, il était bien pire que lui. Depuis le début, en fin manipulateur, il m'avait fait croire que... Chuttt, c'est Lucas qui rentre bien plus tôt que prévu. Je vais mourir en avance, qu'elle poisse. Dans son plan machiavélique, je tenais le rôle du figurant qui apparait et disparait aussitôt pour laisser place à la star... des futures salles de jeux où les plus belles filles se jetteraient à ses pieds. Où l'argent et le champagne couleraient à flot. Adieux...

     

    Ceci n'est pas l'arme du crime...

    Puisqu'il faut faire les présentations ! Je déteste ça mais bon. Lucas R. comme vous pouvez le supposer, c'est moi. Je suis le cerveau de ces crimes parfaits. Bien que j'ai commis quelques erreurs qui auraient pu me couter ma liberté. On me décrit comme narcissique. Ce que j'aime le plus ? M’exhiber dans des soirées people, voir des filles prêtent à tout même au plus inconcevable afin de partager, juste le temps d'un instant, des plaisirs inutiles que seul l'argent procure. Ma passion ? le jeu. Je suis flambeur professionnel. Comme le gouvernement aurait dit Bertrand, je claque tout l'argent qui est en ma possession. Et si pour renflouer mon portefeuille je dois commettre un crime, pourquoi pas. Je ne suis pas à mon premier coup d'essai. Bertrand, c’était un ami d'enfance qui aura impeccablement réussi sa vie. Bourré de fric, une grande baraque, une superbe bagnole, une femme ravissante et tout cela, même pas foutu de l’apprécier. Franchement, ses thèses complotistes, les gouvernements qui nous espionnent jour et nuit, les forces du mal qui nous envahissent... ça me gavait. Durant deux ans j'ai dû le supporter. Et la pauvre Lorena, à subir ce harcèlement journalier. Cet abruti ne se rendait même pas compte qu'il nous jetait dans les bras de l'un de l'autre. Comme je le pensais, courtiser Lorena fut facile. Mais il était hors de question que je m'embarrasse d'une femme. Elles sont si dépensières. Quant à la beauté, elle est éphémère. Notre premier rendez vous amoureux fut provoqué par Bertrand. Un soir, alors que l'on devait tous les trois regarder un excellent film policier, il dût s'absenter pour un rendez-vous urgent sollicité par un très grand client qui ne lésinait sur aucun privilège. Le même soir, sa femme, sa fortune m'appartenait ainsi que l’idée du crime parfait qui défilait sur l’écran de télévision. C'était un très bon choix que ce film. Mais assez de temps perdu, deux crimes m'attendent. Le premier est imminent. Quant au second, il surviendra quelques heures plus tard. Parler de Bertrand au passé me fait du bien et m’encourage dans cette entreprise fructueuse. Enfin, ça dépend pour qui...

     

     Entracte

    Tandis que Bertrand vient d’être assassiné par des mains expertes, Lorena attend patiemment, sans savoir encore vers quel chemin le destin la conduira. Mais de dit-on pas que les couples se marient pour le meilleur et pour le pire ?

    Voyons la suite...

    Que diable, ne soyez pas si pressé, ce n'est pas vous qui avez rendez vous au purgatoire.

     

     Ceci n'est pas l'arme du crime...

    Ceci n'est pas l'arme du crime ou L'imparfait s'invite aux funérailles...

    Épilogue

    Lorsque Lorena franchit la porte d’entrée, elle vit de suite le corps allongé de son infortuné mari. La petite table du séjour cachait la tête du cadavre et le mieux encore fut qu'elle ne la vit pas. Les premières minutes passées, les premiers signes de panique se firent ressentir. Son corps fut secoué par des spasmes puis, se fut la crise de nerf. Voir des animaux morts cela pouvait passer, mais un être humain, de surcroit son mari... Et puis, cet homme, après tout, il ne lui avait jamais fait de mal !

    Son téléphone portable sonna. Un téléphone de grande valeur offert il y a tout juste un mois en guise de cadeau de mariage. Original, non ? Stupeur ! le numéro qui apparaissait était celui de Bertrand ! Elle décrocha... c'était sa voix qui telle la foudre, la frappait de plein fouet. L'orage violent qui sévissait en elle la condamnait au pire supplice, au pire châtiment, au flamme de l'enfer ou tout simplement à se dénoncer... afin de retrouver la paix intérieur.

    - Monsieur le commissaire, je viens de tuer... je viens de tuer... mon mari ! dit Lorena au policier stagiaire qui traversait le hall de l'entrée.

    Durant l'interrogatoire, dans une confusion totale, elle s'accusa d'un crime au couteau, avant de se raviser. "- Après tout, peut-être que je l'ai étranglé ? " Ses propos incohérents poussèrent les policiers à croire qu'une folle s’était échappée de l'asile. Et si le crime avait bien eu lieu ? Il fallait le vérifier.

    Lorsqu'ils arrivèrent sur les lieux du crime, les policiers demandèrent à Lorena d’identifier le corps. Abasourdie, elle poussa un cri de terreur, puis un second. Non évidement, ce ne pouvait être Bertrand qui était allongé sur le sol puisque qu'ils s'étaient parlés quelques heures auparavant. Comment cela avait-il pu se produire ? Une autre bizarrerie sauta aux yeux des policiers. La victime était mort d'une crise cardiaque, du moins en apparence. Dans un éclat de rire démoniaque, Lorena s'accusa d'un crime au pistolet. Aucune trace de sang ou de balle ne confortait cette version. "- Non madame, ceci n'est pas l'arme du crime ! " dit l'inspecteur de police. L'autopsie révéla qu'une dose mortelle, probablement un médicament pour euthanasier les animaux de grandes tailles en était la cause. Ce qui n'arrangeait pas les affaires de Lorena.

    Explication :

    J'attends votre verdict. Suis-je un salaud, un homme sans coeur ou comme le disait Lorena, un grand malade ? La vérité, ma vérité, est beaucoup plus rationnelle. Je gagnais bien ma vie, j’étais heureux et toujours amoureux de ma femme, comme au premier jour. Mais tout changea le jour où Lucas, à pas masqués, s'introduisit de nouveau dans ma vie... ainsi qu'en Lorena. Ce jour là, je crus devenir fou. Alors que devais-je faire ? La première chose fut de cacher mon argent dans différents coffres et de surcroit à l’étranger. Mon métier, je l'avoue m'a grandement aidée. Le jour du divorce, seul les comptes bancaires vidaient de leur substance ainsi que la maison seraient partagés. Mais un jour, alors que je rentrais bien plus tôt qu'à l’accoutumé, je les surpris, non pas en train de faire l'amour, mais en grande conversation. J'étais de trop d’après Lucas. Je devais mourir. Je dois l'avouer pour sa décharge, Lorena terrifiée par les plans diaboliques de ce scélérat  s’évanouit. Mais l'amour est plus fort que tout. En fin manipulateur, Lucas réussit à la convaincre. Elle ne devint plus que l'ombre d'elle même. Lucas se croyait le plus malin. Si seulement il avait su. Je tenais les ficelles, ils étaient mes marionnettes. Je suggérais à Lorena, donc indirectement à Lucas, de m'assassiner sans laisser aucune trace de poison. C’était pourtant si simple, je l'avais vu dans cet excellent film policier, celui que nous aurions dû regarder ce fameux soir où je dus m’absenter pour un rendez-vous de dernière minute. Mais eux, après l'avoir visionné, ne voulurent en faire qu'à leur tête. Alors, pour me débarrasser de Lucas, j’utilisais ce médicament réservé à nos amis les bêtes qui du coup, accusé Lorena .

    J'avais bien essayé de convaincre Lorena d’abandonner ses tristes projets. D'ailleurs Lucas ne l'aimait pas, il voyait d'autres femmes avec qui il s'abandonnait sur le premier lit de fortune même le plus crasseux. Évidemment, elle ne voulut me croire et je crois bien qu'elle le lui répéta. A mon avis, c'est ce jour là qu'il lui proféra ses premières menaces... avant de se raviser. Mais chassez le naturel, il revient toujours au galop. Par la suite, plus d'une fois, dans des excès de colère, il menaça de la tuer. Lorena, tel la chèvre de Monsieur Seguin* était prête à affronter le loup et mourir sous ses crocs malgré mes appels désespérés.

    La pauvre, aujourd'hui, elle est incapable de se souvenir jusqu'à son propre nom. Je crois qu'ils vont l'interner à l'asile.

    Une question me taraude : aurait-elle eut le courage de passer à l'acte ? L'amour qu'elle vouait à Lucas aurait-il pu la pousser à commettre l’irréparable ? Vous comprendrez aisément que je ne pouvais me payer le luxe d'attendre la réponse à ma question. Sinon, qui aurait pu vous raconter l'histoire...

    Antoine le 14 Mars 2015

    *Les lettres de mon moulin d' Alphonse Daudet.

     

     

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